Tou Bichvat  ( Le 20 janvier 2011)

Le quinzième jour du mois de shevat n'apparaît pas dans la Bible mais dans la Mishna, où il est appelé « Nouvel An de l'Arbre » (roch hachana la'ilan). Cependant, la célébration s’appuie bien sur des données bibliques.

En effet, plusieurs prescriptions bibliques se rapportent aux fruits des arbres, notamment :

  1. la seconde dîme (maasser sheni) et la dîme aux pauvres (maasser ani) qui doivent être prélevées à telle ou telle année du cycle de la terre ;
  2. le moment à partir duquel on peut consommer les fruits d’un arbre qu’on a planté (neta revi'i), qui est de trois ans, et le statut des fruits avant ce délai (orlah) ;

Or, la Torah donne comme seul repère pour comptabiliser les années la lunaison de l’aviv (« blé en germination »), appelée le « premier des mois ». Elle ne précise pas si l’aviv doit être considéré comme le début de l'année pour toutes les espèces animales et végétales ou pour le blé seulement.

C'est en réponse à cela que la Mishna indique qu'il y a quatre débuts d’année, dont le quatrième est celui des dîmes végétales et des fruits de l'arbre. Il a lieu en shevat, au premier jour du mois selon l’école de Shammaï et au quinzième jour selon l’école de Hillel car, selon ces derniers, la majeure partie de la saison des pluies a lieu entre le premier et le quinze shevat et, passé cette date, la verdure repousse et les fruits bourgeonnent.

Cette opinion, qui provient peut-être de considérations sociales, a pris force de loi. Elle doit également être observée lors d'années embolismiques, où un mois supplémentaire est intercalé et où la renaissance de la nature aurait plutôt lieu un mois plus tard, le 15 adar. Elle sert, de nos jours, à déterminer le statut d'un fruit (orlah ou neta revi'i), selon qu'il ait muri avant ou après Tou Bichvat, ainsi que le moment auquel différentes dîmes doivent être prélevées (en terre d'Israël et sur des produits de la terre d'Israël uniquement).

Tou Bichvat pourrait par ailleurs avoir été considéré comme la date à partir de laquelle il était possible de planter de nouveaux arbres, les conditions climatiques ne le permettant pas auparavant. Juda Hanassi plante en effet un « arbre de joie » (probablement un type de citronnier) à Pourim, soit un mois après Tou Bichvat. Il était aussi de coutume à Jérusalem de planter un cédratier pour marquer la naissance d'un garçon et un cyprès pour celle d'une fille ; lorsqu'un mariage était sur le point de se tenir, les arbres étaient abattus et leur bois servaient à construire le cadre du dais nuptial.

Tou Bichvat dans la littérature ultérieure

Il est difficile de savoir si Tou Bichvat bénéficiait d'un cérémonial particulier à l'époque de la Mishna mais la littérature gaonique indique que le « Nouvel An de l'Arbre » est considéré comme un jour du jugement pour la végétation, de même que Roch Hachana est le jour de jugement de l'humanité ; les mêmes sources mentionnent des prières et poèmes liturgiques particuliers récités en ce jour.

Tou Bichvat semble avoir revêtu une importance particulière en terre d'Ashkenaz (France du Nord et Rhénanie) : le fondateur du judaïsme ashkénaze, Rabbenou Guershom, décrète qu'il n'y a pas lieu de prononcer de jeûne en ce jour, comme lors des autres jours appelés « Nouvel An ».
Une coutume, consignée pour la première fois par le Maharil, se développe de ne pas lire le Tahanoun (« [office de] Supplication ») en ce jour. Selon une autre coutume, rapportée par Issakhar ibn Soussan dans son Ibbour Hashanim, les ashkénazes mangent des fruits en ce jour.

Au xvie siècle, les kabbalistes de Safed, menés par Isaac Louria et au nombre desquels se trouve le codificateur du Choulhan Aroukh, Joseph Caro, reprennent et développent ces observances.
L'ordonnance de Rabbenou Guershom acquiert de la sorte un statut « canonique » pour tous les Juifs. L'image de l'arbre (ilan), est amplifiée, symbolisant à la fois l'Arbre de Vie, la résurrection de laterre d'Israël et l'homme, la Bible elle-même ayant comparé l'homme à l'arbre. La consommation de fruits est ritualisée en un seder de Tou Bichvat, modelé sur le seder de Pessa'h. Nathan de Gazacompose dans son Hemdat Yamim un office liturgique particulier à la nuit qui précède le 15 shevat, où il recueille les passages de la Bible, des Talmuds et du Zohar ayant les fruits pour thème. Cet office est repris dans un autre recueil, le Pri etz hadar, qui entend être au seder de Tou Bichvat ce que la Haggada est à celui de Pessa'h. Ce livre connaît une diffusion importante dans les communautés juives orientales.

Le kabbaliste Hayim Vital dénomme trente espèces de fruits, qu'il divise en trois groupes de dix, représentant les dix sefirot dans leurs états respectifs de briya, yetzira et assiya (« création, formation et application », les trois étapes de la création dans la pensée juive et la Kabbale en particulier). Dans le premier groupe se trouvent des fruits comme les raisons, les pommes, les figues, etc., dont la peau est tendre et dont les pépins sont suffisamment petits pour être mangés ; dans le second, des espèces comme les olives, dont la peau est tendre mais le noyau dur et dans le troisième, les fruits à écorces et noyaux, comme les noix.

Rites et coutumes de Tou Bichvat

Parmi les fruits consommés figurent généralement les sept espèces de la Terre d'Israël (orge, blé, raisin, figue, grenade, olive et datte). On y ajoute parfois la caroube, l'abricot et d'autres fruits typiques du bassin méditerranéen.

Du fait de l'absence de moyens de conservation avant l'ère moderne, une coutume s'est développée de manger des fruits secs, car cela permettait de consommer les fruits de la terre d'Israël dans la diaspora à la date de la fête. Au xixe siècle, il s'agissait de l'observance principale des Juifs d'Europe orientale, qui exemptaient les enfants des cours ; la consommation de chaque nouveau fruit était l'occasion de faire une nouvelle bénédiction de shehehiyanou(« Béni sois-Tu … qui nous as permis de vivre … jusqu'à ce moment »).
De nos jours encore, certains Hassidim mangent aussi le cédrat (etrog) qu'ils avaient acquis lors de la fête de Souccot et qu'ils ont fait confire.

Le seder est particulièrement suivi par les séfarades d'Orient. Au cours de celui-ci, on boit quatre coupes de vin, en commençant par du vin blanc et en finissant par du vin rouge, afin de symboliser le réveil de la nature.

Tou Bichvat en Israël

Tou Bichvat marque, dans le judaïsme traditionnel, la date calendrier à laquelle on prélève en terre d'Israël le maasser sheni et le maasser ani sur les produits de la terre d'Israël selon un rituel modifié depuis la destruction du second Temple.
Cependant, la coutume la plus observée de nos jours en Israël est le fait de Zeev Yavetz, l'un des rabbins fondateurs du mouvement Mizrahi, qui décide, en 1890, de célébrer Tou Bichvat en emmenant ses étudiants planter des arbres dans la localité agricole de Zikhron Yaakov. Son innovation, qu'il conçoit dans la continuité de l'esprit des kabbalistes, est adoptée par l'Union des enseignants puis par le Fonds national juif (Keren kayemet lèIsraël), fondé en 1901, qui fait de la reforestation de la terre d'Israël l'une de ses spécialités.

Par le biais du Fonds, Tou Bichvat et la shkediya (l'amandier, premier arbre en fleurs en terre d'Israël) deviennent des symboles de bourgeonnement et de renaissance.
C'est à ce titre que Tou Bichvat est choisi par de nombreuses institutions, dont l'Université de Jérusalem en 1918, le Technion de Haïfa en 1925 et la Knesseten 1949, comme jour de leur inauguration, après une cérémonie de plantation déjà devenue traditionnelle. L'identification du destin de ces institutions et du projet sioniste à celui de l'arbre est tel que David Ben Gourion qualifie le lien qui unit Jérusalem au peuple juif d'« organique. »

La plantation d'arbres devient ainsi l'une des caractéristiques majeures de Tou Bichvat dans l'état d'Israël et le jour lui-même acquiert une importance sans précédent dans l'histoire juive. Cependant, son caractère s'est modifié en profondeur : pour beaucoup, il n'est plus l'occasion de multiplier les bénédictions et remerciements à Dieu pour les fruits de la nature mais un festival agricole ou écologique (l’« Arbor day juif »), au cours duquel les jeunes sont initiés à l'environnementalisme.
Certains suggèrent d'ailleurs que ce fut là le caractère originel de Tou Bichvat, un résidu d'une fête mineure de la nature d'origine païenne, célébrant la mi-hiver, c'est-à-dire la fin de la période froide, et intégré ultérieurement à la tradition juive sans connotation particulière.

Source: http://www.synaversailles.fr

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